En trois semaines j'ai lu:
Methaphysique des tubes
Hygiène de l'assassin
Les combustibles
Les Catilinaires
Robert des noms propres
Le Sabotage Amoureux
-D'Amélie Nothomb-
A chaque fois je reste un peu sur ma fin, l'histoire est bien, c'est un peu long mais j'ai vraiment envie de savoir la fin et puis elle arrive vite, en quelques page elle est bouclée, et voila. J'aime beaucoup sa façon d'écrire, vraiment, je compte bien lire ses autres oeuvres, mais je sais pas j'ai l'impression qu'il manque un peu quelque chose. Bah comment ça j'suis jamais contente?! ^^'
Mon préféré reste Methaphysique des tubes, c'est celui que j'ai lu en premier. Bref vous vous en foutez ^^
J'ai envie d'écrire un bout de celui ci ce soir.
Je sais pas.
Je m'y retrouve un peu peut etre. Ou pas.
Mais si je vais bien. =)
Hum hum. Mouai.
Si vous l'avez jamais lu et que vous comptez le faire ne lisez pas ceci car j'y raconte la fin du livre...
C'était une certitude acquise. Chaque matin, elle naissait avec moi:
"Lunivers existe pour que j'existe."
[...]
Le monde entier aboutissait à moi.
[...]
Moi je pouvais aller ou je voulais: le centre de gravité du monde me suivait à la trace. La noblesse, c'est aussi admettre ce qui va de soi. Il ne fallait pas se cacher que le monde s'était préparé à mon existence depuis des milliards d'années.
[...]
C'est pourtant là, au coeur de la cité des ventilateurs, que ma décadence a commencé.
Elle a débuté à l'instant ou j'ai compris que le centre du monde, ce n'était pas moi.
Elle a débuté à l'instant ou j'ai été émerveillée de découvrir qui était le centre du monde.
[...]
Le centre du monde était de nationalité italienne et s'appelait Elena.
Elena devint le centre du monde dès que ses pieds touchèrent le sol bétonné [...]
Elle était belle comme un ange qui poserait pour une photo d'art.
[...]
Son corps résumait l'harmonie universelle, dense et délicat, lisse d'enfance, aux contours anormalement nets, comme si elle cherchait à se découper mieux que les autres sur l'écrant du monde.
Décrire Elena renvoyait le
Cantique des cantiques au rang des inventaires de boucheries.
En un seul regard, on sentait qu'Elena serait à la souffrance ce que Grevisse est à la grammaire française: un classique conspué et indispensable.
[...]
Elle sortit de la voiture et ne me vit pas.
A peu de chose près ce fut sa politique endant toute l'année que nous devions passer ensemble.
[...]
Elle avait toujours l'air de n'avoir besoin de rien ni personne.
Elle vivait comme s'il lui suffisait infiniment d'être la plus belle et d'avoir de si longs cheveux.
[...]
Ma rencontre avec Elena ne fut pas une passation de pouvoir -je n'en avais aucun et ne m'en souciais pas- mais un déplacement intellectuel: désormais, le centre du monde se situait en dehors de moi.
Et je ferais tout pour m'en rapprocher.
Je découvris qu'il ne suffisait pas d'être près d'elle. Il fallait aussi que je compte à ses yeux. Ce n'était pas le cas. Je ne l'interessait pas. A vrai dire, rien ne semblait l'intéresser. Elle ne regardait rien et ne disait rien. Elle avait l'air contente d'être à l'interieur d'elle même. Pourtant, on sentait qu'elle se sentait regardée et que cela lui plaisait.
[...]
Je la mangeais des yeux. Il m'était impossible de la lâcher du regard. Je n'avais jamais rien vu d'aussi beau. C'était la première fois de ma vie que la beauté de quelqu'un me frappait. J'avais déja rencontré beaucoup de belles personnes mais elles n'avaient pas retenu mon attention. Pour des raisons qui m'échappent encore, la beauté d'Elena m'obsédait.
Je l'ai aimée dès la première seconde. Comment expliquer de telles choses? [...] Elle aitait la plus belle, donc je l'aimais, donc elle devenais le centre du monde.
Le mystère se prolongeait. Je comprennais que je ne pouvais me contenter de l'aimer: il fallait aussi qu'elle m'aimât. Pourquoi? C'était comme ça.
[...]
Je découvrais tout en même temps: éblouissement, amour, altruisme et humiliation.
Cette tétralogie me fut jouée dans l'ordre [...] Il eût donc mieux valu éviter le premier, mais il était trop tard.
Quoi qu'il en fût, je n'étais pas sûre d'avoir eu le choix.
Et je trouvais cette situation très regrettable. Car elle me faisait aussi découvrir la souffrance. Cette dernière me parut extraordinairement déplaisante.
Pourtant, je ne parvenais pas à regretter d'aimer Elena, ni à regretter qu'elle Existât. On ne pouvait pas déplorer qu'une chose pareille fût. Et si elle était, il était inévitable de l'aimer.
Dès la première seconde ou je l'ai aimée - c'est-à-dire dès la première seconde -, j'ai pensé qu'il fallait faire quelque chose. Ce leitimotiv s'imposa tout seul et ne me lâcha plus jusqu'a la fin de cet amour.
"Il faut faire quelque chose.
"Parce que j'aime Elena, parce qu'elle est la plus belle, parce qu'il y a sur terre une personne aussi vénérable, parce que je l'ai rencontrée, parce que - même si elle l'ignore - elle est mon amoureuse, il faut faire quelque chose.
"Quelque chose de grand, de superbe -une chose digne d'elle et de mon amour.
[...]
"Une chose que je pourrais faire seule. Un chose qui impressionnerait Elena."
Je ressentis une bouffée de désespoir, ce qui eut pour effet de me couper les jambes. Je tombais assise sur le béton. La conviction de mon impuissance me rendait incapable d'esquisser un mouvement.
Je voulais ne plus jamais bouger. Je resterais la, assise sur le béton, sans rien faire, sans boire, sans manger jusqu'a ma mort.Je mourrais très vite et ma bien-aimée serait très impressionnée.
Non, ça ne marcherait pas. On viendrait m'enlever de force et on me ferait boire et manger avec un entonnoir. Les adultes me rendraient ridicule.
[...]
Le seule manière de cesser de souffrir, c'est de n'avoir plus que du vide dans ma tête.
[...]
Cet amour m'inspirait un tel oubli de moi que je n'eusse pas hésité à me couvrir d'opprobre. Qu'importait ma valeur, désormais? Elle n'importait pas puisque je n'étais rien. Aussi longtemps que j'avais été le centre du monde, j'avais eu un rang à tenir. A présent, c'était au rang d'Elena qu'il fallait veiller.
[...]
J'avais le plus grand respect pour mes cheveux jusqu'à ce que je découvre ceux d'Elena: dès lors, les miens me parurent triviaux. Cette vérité m'apparaissait surtout quand, par hasard, nous étions coiffées de manière identique.
[...]
Elena avait un an de moins que moi et je mesurais bien cinq centimètres de plus qu'elle, mais elle m'était supérieure en tout, elle me dépassait comme elle dépassait le monde entier. Elle avait si peu besoin des autres qu'elle me semblait plus âgée que moi.
[...]
Elle inspirait l'admiration, le respect, le ravissement et la peur, parce qu'elle était le plus belle et parce qu'elle était toujours sereine, parce qu'elle ne fesait jamais les premiers pas dans les contacts humains, parce qu'il fallait venir au-devant d'elle pour entrer dans son monde, et parce que en fin de compte personne n'entrait dans son monde, qui devait être luxe autain, calme hautain et volupté hautaine, et ou, d'elle même et d'elle seule, elle semblait se complaire à la perfection.
Personne ne la regardait autant que moi.
[...]
Cette activité pouvait etre pratiquée [...] toujours à distance respectueuse. [...] Quand je la voyais, j'oubliais que j'existais. Cette amnésie autorisait les comportements les plus étranges.
C'était la nuit, au lit, que je me rappelais ma présence. Et la, je souffrais; j'aimais Elena et je sentais que cet amour appelait quelque chose. Je n'avais aucune idée de la nature de ce quelque chose. Je savais qu'il eût au moins fallu que la belle se souciât un peu de moi: c'était la première étape, indispensable. Mais je sentais qu'après il devrait y avoir un étrange obscur et indéfinissable. Je me racontais des histoires - que d'aucuns qualifieraient de métaphores - pour approcher ce mystère: dans ces récits expérimentaux, la bien aimée avait toujours horriblement froid. Le plus souvent, elle m'apparaissait couchée sur de la neige. Elle était très peu vétue, voire nue, et elle pleurait de froid. La neige jouait un rôle considérable.
J'aimais qu'elle eût si froid, car il fallait la réchauffer. Mon imagination ne fut pas assès pertinente pour trouver la méthode idéale: en revanche, je me délectais à penser - à sentir - la chaleur qui envahissait lentement et exquiésément le corps perclus, qui soulagerait ses morssures et la ferait soupirer d'un singulier plaisir.
Ces états me portaient à des états si beaux que je les crus surnaturelles.
[...]
En tout cas je me promettais de casser la figure à celui ou celle qui toucherait au moindre de ses cheveux. C'était une occasion de me faire bien voir d'elle, d'autant que je n'eusse certainement pas été à la hauteur de l'agresseur qui m'eût transformée en pâte à papier et m'eût ainssi rendue irrésistible aux yeux de la protégée.
[...]
Une beauté aussi hautaine que la sienne inspirait la distance respectueuse. Quelle ne fut pas ma stupeur de voir, un matin, dans la cour, un garçon enjoué qui racontait mille choses à la petite italienne.
Et elle s'était arrêtée pour l'écouter.
Et elle l'écoutait. Elle avait levé le visage vers celui du garçon. Et ses yeux et et sa bouche étaient ceux d'une personne qui écoute.
Sous mes yeux, ce garçon était en train d'exister pour elle.
[...]
J'enquêtai.
[...]
Elena ne m'avait jamais été accessible. [...] Je ne savais plus quoi faire pour attirer son attention. [...] Je bénissais le sort qui avait voulu que Fabrice vécût à Wai Jiao Ta Lu.
[...]
Tout ce que je sus, c'est qu'Elena rompit ses fiançailles le lendemain.
[...]
Je savais désormais qu'elle n'étais pas inaccessible.
[...]
Car Elena était vraiment superbe. [...] Ce jour-là, dans la cour de l'école, je ne pus m'empêcher de lui dire ce grand classique qui, dans ma bouche, était un inédit d'une sincérité sans bornes:
- Tu es si belle que pour toi je ferais n'importe quoi.
[...]
-Tu dois être avec elle comme elle est avec toi.
-Mais c'est impossible. Elle ne m'aime pas.
-Sois comme elle et elle t'aimera.
[...]
Du coup, j'éprouvais le besoin de me blinder davantage, et je devenais glaciale et coupante comme la grêle.
[...]
Mais Elena me regardait à présent de telle manière que je finissais par ne plus être si sur de mon identité.
[...]
Elle était si belle, de cette beauté qui me bourait la tête du leitimotiv idiot et déja mentioné: "Il faut faire quelque chose"
Elle me demanda:
-Tu es guérie maintenant?
Un ange venu voir son frère à l'hopital n'eût pas eu une voix différente.
Guérie? Tu parle.
-ca va.
-Tu m'as manqué.
[...]
Là, il fallait que je parte tout de suite, ou j'allais dire l'irréparable.
[...]
Mon corps se figea des pieds à la tête, statue sur un socle de boue.
Le petite italienne me contourna à 180 degrès [...] Elle se retrouva face à moi.
[...]
Il était déja trop tard.
-Je t'aime.
[...]
Elle tourna les talons et partit à pas lents qui s'enfonçaient à peine dans la boue.
[...]
Le soir même, j'annonçai à mes parents que je voulais quitter la chine au plus tôt.
[...]
Il fallut encore attendre [...]
Je vécus ces quelques mois dans l'opprobre. [...]
Quand son regard crosait le mien, j'y lisais une distance narquoise qui me suppliciait.
[...]
Au lycée de New York, dix petites filles tombèrent folles amoureuses de moi. Je les fis souffrir abominablement. C'était merveilleux.
[...]
Au détour d'une lettre distraite de mon père, j'appris qu'Elena était devenue une beauté fatale. Elle étudiait à Rome, ou d'innombrables malheureux parlaient de se suicider pour elle, si ce n'était déja fait.
Cette nouvelle me mit d'exelente humeur.
Merci à Elena, parce qu'elle m'a tout appris de l'amour.
Et merci, merci à Elena, parce qu'elle est restée fidèle à sa légende.
Photo: sourir pour oublier ... prise par Heresis ...
Il est 4h02 et je vais aller me coucher.